Un vendredi après-midi, quelque part en ville, à la sortie d’un cinéma où l’on projette Star Trek de J.J Abrams. Trois amis en sortent : Laurent de Sutter a une mine sceptique, Jérôme Dittmar est enthousiaste, Rémy Russotto semble agacé. Sans échanger un mot, sinon pour évoquer la chaleur qui les assaille, ils se dirigent d’un pas naturellement concerté vers une terrasse stratégiquement située. Confortablement installés et attablés, ils prennent commande avec diligence. La première tournée arrive, la conversation commence, Laurent se lance…
(première tournée)
Laurent de Sutter :
Il y a une tension dans Star Trek. C'est une tension entre l'ancien, le moderne - et, disons, l'antique. L'ancien serait la série télévisée, ses codes, ses tics. Le nouveau, le traitement que lui fait subir J.J. Abrams. Et puis l'antique, ce serait le cinéma. Comme si, pour moderniser Star Trek, J.J. Abrams avait eu besoin de sortir du cinéma. Mais cette sortie n'est pas tant la télévision qu'une forme spéciale d'invisibilité. Son film est invisible, mal cadré, mal monté, mal éclairé - et c'est cette invisibilité qui est le signe de sa modernité. C'est un peu triste, alors, le moderne. Ou pas. Je ne sais pas trop.
Rémy Russotto :
Son invisibilité, sa fadeur, sa tristesse viennent aussi de l'influence néfaste de la série télévisée 24. Cette dernière a contaminé une grande partie des images produites pour illustrer comment l'être humain bouge, réfléchit et agit. 24 est nocif parce qu'il abuse de déclencheurs narratifs dont le seul but est de, sans cesse, relancer l'action. Cette influence est partout présente dans Star Trek, à commencer par ces reflets et éclairs de lumière qui sans interruption parcourent le champ de vision. Rien n'y est cadré, monté, éclairé car tout y est sans cesse relancé. C'est épuisant.
Jérôme Dittmar :
C'est curieux, je le trouve superbement éclairé, et impeccablement monté ou cadré. Le film produit une pure mécanique entre sidération contemplative, de l'espace, des vaisseaux, des décors, et une manière de ne jamais lâcher ce qui fait avancer l'intrigue : ces personnages, les liens qui les unissent justement dans l'action (c'est un film d'équipe). Qu'est-ce qui serait donc invisible ici, sinon peut-être cette capacité à se situer au milieu, entre le cinéma (les moyens donnés pour produire cet univers), et la télévision. Le film est dans un entre deux. Il hérite de la télévision moderne sans s'élever aux hauteurs promises encore par le cinéma contemporain. Star Trek produit incontestablement une dynamique, donc une énergie, par son rythme effréné, ses images donnant à voir un univers vertigineux et soigné, sa volonté d'en repasser par le soap. Il actualise, voire sublime l’esthétique de la série en simplifiant l'intrigue pour se focaliser sur un principe d'intensité, d'énergie encore, cohérent avec les personnages dont il mime une certaine nonchalance qui est aussi celle d'Abrams. La comparaison avec 24 me fait penser par ailleurs à Quantum of Solace. S'il y en a un qui hérite bien davantage de 24 que Star Trek, c'est lui. La comparaison entre Bauer et Bond nouvelle formule tiendrait bien la route. D'autre part, un coup d'œil aux séries d'Abrams, notamment Alias, montre que ce rythme a toujours été là, il n’y a pas d’influence directe. D’autre part, si ce n'était le but d'Abrams, il demeure une certaine fidélité à Star Trek dans l’urgence du récit. Il n'a rien inventé. Il s'est contenté d'y ajouter du carburant, à forte dose. Si Star Trek est un film impersonnel, ce qui témoignerait de cet effet d’invisibilité, c'est aussi parce qu'Abrams est un recycleur, pas un metteur en scène. Disons plutôt que c’est d’abord un story teller. La mise en scène n'est pour lui qu'une mécanique de transition pour faire exister ses histoires sur un écran. Ce qui n'empêche pas que cette mécanique fonctionne par son assemblage. Et plutôt que parler d'invisibilité, j'évoquerais plutôt la transparence. Et au sens presque hawksien.
(deuxième tournée)
LDS :
Il y a une équation "invisibilité = modernisme". Peut-être en effet se traduit-elle, ailleurs, par un nouveau statut du réalisateur. De ce statut, l'équation serait alors "storytelling = modernisme". Pourtant le choix reste entier. Lorsque les films de James Bond inventaient une forme d'impersonnalité, celle-ci n'appartenait pas à leur époque. Le problème du Star Trek de J.J. Abrams, au contraire, est celui de la congruence. Sa maxime est : il faut être moderne. Mais pourquoi ? Tout comme la série des James Bond, celle des Star Trek n'a jamais été moderne - ou alors c'était d'une modernité fantasmée : une utopie écologico-sociale par laquelle les années 1960 se rêvaient ailleurs. Tandis que, dans le Star Trek de J.J. Abrams, l'utopie est ici : dans l'excellence technique et esthétique du temps. Bien sûr, cette excellence se manifeste sous une forme paradoxale : elle se prétend contre le spectateur (l'aveugler, l'empêcher de voir), parce qu'elle sait que cette hostilité sera toujours interprétée de manière positive (les spectateurs aiment ne rien voir, cela les excite - raison pour laquelle le film de J.J. Abrams n'est jamais pornographique et toujours érotique, ce qui est très grave). Oui, ce film ressemble à une longue, très longue, déclaration d'autosatisfaction.
RR :
Entre modernisme, transparence et "storytelling", il y a sans doute des choses à dire. Et Star Trek peut fournir des pistes. Il est possible d'utiliser le film pour dire tout et son contraire. Mais c'est ce qui fait sans doute le prix et l'amusement d'écrire sur le cinéma. Il est vrai pourtant que Star Trek s'y prête bien. Car le film crée un nouveau standard qui n'est pas s'en rappeler ce que Spielberg créait pour la génération des enfants nés dans les années 70 avec Indiana Jones. A la différence notamment, que Spielberg était la première génération de "television-boomers" alors que JJA accumule à lui tout seul un nombre invraisemblable de générations: les séries télés et les images emmagasinées par lui ont remplacé les générations. Les images ont aussi remplacé les livres. A ce titre, et malgré les différences entre les deux séries, 24 est central. Central parce qu'il dope le spectateur narrativement, en le relançant sans cesse sur autre chose, sans que jamais quelque chose de l'ordre d'une lenteur, d'une obsession ou de l’écriture d'un motif, ne soit présent. Le James Bond de Quantum est un obsédé, une obsession le travaille et le déchaînement d'actions qui en résulte est dès lors parfaitement visible : l'action devient l'effet d'une belle cause. Rien de pareil dans 24 ou Star Trek de JJA. Il n'y a là nulle belle cause. Sans doute l'amitié entre Spock et Kirk sert-elle de palliatif. Mais qui a envie de devenir l'ami de Kirk? Il est la Matt Damon de Good Will Hunting, il est vulgaire et puant.
JD :
Le problème de Star Trek, s'il doit en avoir un, c'est qu'il est inadapté. La cuisine d'Abrams, ses routines de série télé, sont trop à l'étroit au cinéma. Il lui manque du temps. Cette question de la durée, elle existe chez Abrams, mais à la télévision, dans Alias par exemple. Sa précipitation, ses pivots narratifs perpétuels, ne sont qu'un condensé et un pêché d'orgueil à vouloir trop embrasser. Il n'a peut-être pas su s'adapter. Mais revoir la série originale permet aussi cette conclusion en regard du JJA : il n'y a pas de tension antique/moderne, il n'y qu'un rapport de moderne à moderne, avec quelques nuances. La série de Roddenberry était à l'époque tout ce qu'il y avait de plus moderne, par ses effets spéciaux, sa mise en scène, sa direction artistique (les influences pop, psyché, etc.), la couleur pour faire vendre des téléviseurs pouvant afficher ces beaux chromos - tout en revisitant déjà tout un patrimoine cinéphilique repassé par la télévision qui sera aussi la recette gagnante d’Abrams (Star Trek était une archéologie des images issues de la série b, comme l'a démontré cet article dans le New York Times). Par conséquent, il me semble que JJA actualise la modernité de la série sur le plan esthétique tout en focalisant sur ses racines héritées du soap, soit celles du space opéra et donc de la tragédie. La tragédie, et le soap, étant aussi la forme classique omniprésente dans l'œuvre d'Abrams, et donc Star Trek (héritage des pères, traumatisme de la naissance, vivre avec l'ombre d'un passé familial). Star Trek est une tragédie de poche, propulsée au sein d'une mécanique et d'une esthétique dont la modernité est aussi désormais un classicisme (ou néo, post, que sais-je). Le film va peut-être trop vite, soumet à une action permanente qui a peur du vide, mais tout est cohérent. D'abord parce qu'il s'agit d'épouser la trajectoire des personnages à un moment donné de leur existence où le rythme de l'action est en adéquation avec leur place dans le monde et vis-à-vis de leur propre histoire. L'énergie du film, sa précipitation, dont on peut regretter des écarts inutiles et contradictoires, est donc celle de ces cadets sortis de l'académie. Il y a des faiblesses scénaristiques dans Star Trek, il est par aspects paresseux, mais toute sa mise en scène est au service de cette relecture énergétique qui demeure fidèle à son modèle en dépit de l’absence d’enjeux plus profonds. La modernité de Star Trek est d'ordre technique : le film crée la possibilité de représenter un univers plus peuplé. Il ne fait finalement que poursuivre en partie ce que la série et les autres films ont voulu faire en s’adaptant aux standards contemporains. Et s’il est vrai qu'Abrams est de cette génération post Spielberg, gavée par la télévision, n'ayant pas d'autres horizons que celle-ci (concernant JJA), il faut voir aussi qu’il n'a jamais prétendu le contraire. En cela aussi Star Trek est cohérent, par rapport à sa référence, son esthétique. Il faut voir Star Trek comme un pilote, avec les faiblesses que ça implique. On touche donc peut-être là à un cinéma dont l'héritage esthético-narratif opère une transition de type : télévision, cinéma, télévision, cinéma/télévision. Est-ce un problème ? Peut-être, tout dépend ce qu'on en fait. Auto satisfaction ? Sans doute, c'est certainement sa limite. Et celle d'Abrams en général. Reste d'ailleurs à prouver qu'il tienne sur la durée.
(troisième tournée)
LDS :
Une espèce d'hybride. Télévision-cinéma. Antique-moderne. Star Trek, alors, tiendrait du court-circuit. Ce n'est pas impossible. Slavoj Zizek avait ainsi baptisé la collection qu'il dirigeait au MIT Press : "Short Circuit". Faudrait-il en déduire que Star Trek a été filmé pour faire plaisir à Slavoj Zizek ? Ce serait une manière de régler la question. Aimer ou ne pas aimer Star Trek reviendrait à aimer ou ne pas aimer Slavoj Zizek. C'est-à-dire aimer ou ne pas aimer une forme spécifique de pensée - qui s'appellerait pop-classique (un autre court-circuit). Mais pour accepter le court-circuit, il faudrait d'abord en accepter les membres. Le classicisme est honni - le pop adoré. Voilà peut-être le problème.
JD :
Le court-circuit pourrait bien liquider la question. Mais le classicisme est-il honni quand la mise en scène de Star Trek emprunte un dispositif dont l'héritage est tant dilué qu'il devient un pur procédé ? Un procédé donc plutôt qu'un style dont la mécanique ferait naître une transparence de la mise en scène. Mais peut-on dire qu'il y a encore de la mise en scène dans Star Trek ? N'est-elle pas plutôt comme produite par elle-même à partir d’un schéma : le film du film, la série de la série, comme si une machine était derrière la caméra plutôt qu'un homme. C'est peut-être ce sentiment qui dérange, cette impression de pilotage automatique, de rapport de soi à soi, presque incestueux. Pour revenir sur l'érotisme, il faut rappeler aussi que tous les scénarios ou projets d'Abrams l'utilisent. Alias, Lost, Frindge, MI:3, Star Trek, jouent sur l'attente, la fuite perpétuelle, l'émiettement d'informations pour relancer sans cesse l'intrigue et l'action en ne montrant jamais rien, l'itération des cliffhanger (propre au genre). Ses séries, Lost surtout, dont le titre sert de paradigme narratologique, passent leur temps à jouer avec une périphérie constamment reconduite. Un héritage du récit paranoïaque des 70's, de X Files, des Envahisseurs, de la Twilight Zone pour l’aspect énigmatique, influence principale d'Abrams. Mais peut-être que cette reconduction interminable d'une résolution narrative permet d'autres développements dans un schéma répétitif, qui ne peut donc complètement s’épanouir au cinéma. Le problème d’Abrams, c’est le temps, il a besoin de la digression, d’inflexions, du détail - ce qui ne passe pas dans Star Trek, fatalement.
RR :
Le caractère hybride du film de JJA saute aux yeux. Il est la seule chose à voir. A tous les niveaux techniques (de la narration à la fabrication de l'image). A ce titre le film est plutôt excitant. Il parie sur une forme nouvelle. Zizek aussi parie sur de nouveaux courts-circuits. Le problème, qui vaut aussi pour Zizek en philosophie, reste le suivant: JJA a vu trop d'images, c'est un zappeur, un enfant de la télévision, un gros malin. Pour faire court, et intégrer tous les stéréotypes liés à l'imaginaire télévisuel et à la publicité (il ne faut pas se gêner puisque JJA ne se gêne pas): il est incapable de lenteur, d'obsession, de beauté, d'empathie. Le cœur de l'invisibilité, de l'érotisme, de la laideur, de la narration se trouve là: JJA est un enfant malade dont la maladie n'est pas encore suffisamment sévère pour déboucher sur quelque chose qui est sympathique. Il a vu trop d'images, qui l'ont rendu trop rapide, trop malin. Il ne maîtrise pas les effets d'empathie que ses images pourraient susciter, précisément parce que l'empathie suppose une forme de lenteur, d'insistance, dont ses images sont dépourvues. Seul compte, je me répète, la fabrication hystérique d'enclenchements narratifs. A ce titre, pas de pop, pas de pop-classique possible. Spielberg qui semble être le maître à penser de JJA était le dernier d'une génération, le très lointain rejeton d'une culture dont la télévision n'occupait pas encore tout l'espace. JJA, en revanche, est le premier d'une génération hybride, une génération qui s'affole et qui est, pour l'instant et pour la plupart, incapable de beauté.
(quatrième tournée)
JD :
C'est vrai, il n'y a peut-être pas de beauté chez Abrams, sauf parfois à la télévision (Alias, encore). Dans Star Trek, il y a aussi la composition graphique de certains plans, ce qui doit moins à lui, qu'aux ingénieurs d'ILM. Est-ce grave ? Non, la sidération de ces images suffit, elles créent un monde, elles empreignent la mémoire. L'épuisement narratif du film, ses enjeux, est compensé par ce plaisir esthétique et de l'énergie pure n'ayant pas besoin d'un style pour se distinguer. La roublardise d'Abrams, ses trucs de téléphage qu'il recycle paresseusement, peut ainsi laisser la place au spectacle, l'effarement, ce qui n'est pas nécessairement une aberration, et n'a rien à voir avec sa génération, son manque d'empathie. Car oui Star Trek est une mécanique fusionnelle froide, où même la relecture soap de la série est aussi mécanisée. Il y a chez Bad Robot un programme, un code, une grille de lecture, d'analyse, d'écriture. Les scénarios et la mise en scène y sont comme soumis, tel un logiciel. Tout découle d'un héritage télévisuel dont ils dupliquent les rouages. On pourrait aussi mettre en parallèle Star Trek avec Speed Racer et Southland Tales, comme le souligne Vincent Malausa. Pour lui, Star Trek est du côté du « lissage » et « la séduction lourde », il ne dépasse pas « son propre pragmatisme ». A-t-il tort ? Non. Est-ce gênant ? Pas complètement, c'est aussi pourquoi le film fonctionne et à sa cohérence, jusque dans ses limites. Par contre, il est indiscutable que les Wachowski et Kelly ont portés le film pop bien ailleurs qu'Abrams. Qui au demeurant reste pop, et classique, car c'est son unique référence culturelle, ses classiques, pour le dire vulgairement. Il n'en a pas d'autres. Et point d'affolement chez lui : tout est stratégique, étudié. Mais aussi un peu radin.
RR :
Un programme sans doute... mais au lieu de comparer JJA à ceux qui pourraient lui ressembler, ne serait-il pas plus utile de le comparer à ceux qui ne lui ressemblent pas? En l'occurrence, comment penser JJA face à Joseph Mankiewicz, Alfred Hitchcock, ou, mieux Antonioni? S'il est possible de se débarrasser de l'absurdité de la question, il serait sans doute possible de mesurer moins la différence qui les sépare que les stratagèmes utilisés par ceux-ci pour faire le promotion de leurs programmes respectifs. A ce titre, il est effectivement possible de parler de beauté à propos des films d'Antonioni et d'une forme d'énergie à propos de Star Trek. Et là je reviens à ce que je disais, la forme d'énergie qui fait bouger les personnages de Star Trek est similaire à celle qui agite les personnages de 24. Et il me semble que cette énergie est dépensée en pure perte et est le révélateur d'une forme de morbidité.
JD :
Il n'y a pas vraiment de projet de mise en scène chez JJA. On reconnaîtra un plan d'Antonioni, un plan d'Hitchcock, il y a une signature, un regard, un style, une idée du cinéma. Chez JJA, on reconnaîtra l'assemblage d'influences, la construction narrative obsédée par le serial, quelques thèmes ou obsessions, mais pas d'identité visuelle. Et si on peut s'ennuyer et trouver vain ou morbide les procédés narratifs de Star Trek, je dirais qu'ils n'ont rien de nouveau, et donc rien de morbide, mais d'intemporel. Si ses routines évoquent 24, c'est parce qu’il descend du même arbre, plutôt celui d'à côté. Celui d'une fiction maigre dont la spécificité ne tient pas au style ou la profondeur des idées, la vision du monde, à une philosophie, mais aux stricts mécanismes de narration. Star Trek par JJA, c'est du roman de gare, du roman photo, du pulp, du soap, etc. Peu épais, construit pour donner l'illusion qu'il se passe quelque chose, alors qu'on passe son temps à remplir du vide (et bien). Mais là où 24 est éprouvant par son retour constant à ensemble de choses qui lui sont spécifiques (il hérite des 70's, de CNN et de l'Amérique de Bush), Star Trek ne prétend que raconter l'histoire d'un groupe de jeunes s'envolant pour la première grande aventure de leur vie (il hérite plutôt des 50's/80's moulinées par un post modernisme 90's digéré à renfort d’influences teen movie). Il n'y arrive pas toujours, mais un peu, et la roublardise de la narration n'est finalement qu'un vieux truc de scénariste/story teller qu'on peut accepter parce qu'il permet, malgré tout, la mise en route d'un univers et ses personnages. Du point de vue de l'intrigue, Star Trek est une régression par rapport à la série. Mais c'est logique, les personnages sont plus jeunes.
(cinquième tournée)
LDS :
Il faut déconnecter Star Trek de la série télévisée - et le reconnecter avec la série filmée. Par rapport aux films de William Shatner, Leonard Nimoy, Nicholas Meyer, Robert Wise, etc., celui de J.J. Abrams a perdu quelque chose. Ce qu'il a perdu, c'est précisément l'énergie. Il y avait une apathie propre aux films de Star Trek, apathie proche d'une forme de zen cinématographique : une position starzen qui viendrait en sus du zazen - technique inouïe de méditation. Court-circuiter l'univers mental propre à Star Trek revient à troubler cette méditation, et à la réinsérer dans un contexte martiel. Un peu comme le Zen at War dont Zizek, une fois de plus, avait critiqué l'ambivalence. Selon lui, le zen était encore trop ambigü : il ne prenait pas assez position - et donc se prêtait à toutes. Certes, pour Zizek, prendre position équivalait à choisir pour la révolution contre le capitalisme. Mais peut-être est-ce précisément la tentative - tentation éminemment moderne - de J.J. Abrams, au contraire de ce que soutient Rémy. Sauf, bien sûr, si l'on considère que la révolution est elle-même devenue un hochet capitaliste, ce dont témoignerait à nouveau le succès personnel de Zizek. Abrams-Zizek : c'est faire beaucoup d'honneur aux deux. Peut-être trop.
JD :
Ce qui demeure intéressant par rapport à la série, c’est qu’elle se situait déjà à un moment donné où la télévision prenait conscience d'un héritage des images, qu'elle reproduisait comme le fait finalement Abrams. L'univers mental de Star Trek n'ayant jamais été ceux des films, mais des séries. L'inconscient de Star Trek se situe donc du côté de la télévision, y compris lorsqu'il s'agit de recycler le cinéma. C'est là sa révolution et sa modernité. Et il est nécessairement question de vitesse, comme de distorsion à bord de l'Enterprise. Nous sommes seulement passé à la vitesse supérieure. C'est pas Star Trek qui va plus vite, mais le monde. A moins que…
Et le crépuscule tomba doucement sur la ville. Les derniers rayons de soleil caressant les visages des trois amis qui changèrent de sujet en trinquant à la santé des choses légères. Ils quittèrent leur table très tard, après avoir beaucoup bu. Avant de se séparer, chacun lança aux autres…
Laurent :
Warp speed, Mr. Sulu.
Rémy :
Amen & Love.
Jérôme :
So, live long and prosper my friends.