Inutile de revenir en détail sur
The Hangover, déjà traité
ici. Néanmoins, quand sur son blog, Aurélien Ferenczi déclare que le film est un parfait antidote au sous-estimé
I love you, Man*, on ne peut s'empêcher de penser que c'est de tout le contraire dont il s'agit. Car le film de John Hamburg fournit exactement un remède à tout ce qui faisait le problème du cas
The Hangover, c'est-à-dire la mécanique simpliste et vulgaire de l'imprévisible, qu'il déploie avec une complaisance appuyée de tous les instants. Tout (le mariage, l'amitié, l'enterrement de vie de garçon, Las Vegas, la cuite, l'enquête, les situations absurdes, les apparitions etc.) n'y figure en effet que comme prétexte sans autre horizon que celui du rire. Or, dans
I love you, Man, c'est le rire qui est un prétexte à traiter de tout ce qu'il touche brillamment avec légèreté et pourtant sérieux : le mariage en tant que concession à la faiblesse humaine et pis-aller de l'impudicité, la solitude existentielle qui nous submerge à travers le temps qui passe, le miracle des affinités électives, la communication entre les êtres, l'indéfini de l'amour. Bref, tout ce que l'on peut mettre dorénavant avec condescendance et cynisme dans le panier d'un moralisme qui n'en est pas. Preuve de cette méprise, quand
The Hangover s'achève d'un simple trait biffant le film tout entier (le marié qui dit à la mariée d'oublier tout ce qui vient de se passer) et dévoile son générique final, clôturant sa vulgarité en divulguant explicitement et trivialement au spectateur le secret de cette soirée, on ne voit guère chose plus convenue et confortable pour le spectateur, libre de se complaire dans une festination toute normée en vérité. A l'opposé, l'illusion de clôture que le mariage (à trois) réalise dans
I love you, Man sert d'appendice joyeux à une mise en problème de situations (la cruelle solitude de Sidney, le silence de Peter à la question du pourquoi du mariage) déterminés à demeurer sans réponse, et donc en dehors de toute moralité. C'est que le film nous en épargne la tristesse, pour terminer généreusement et nous laisser souhaiter malgré tout plein de bonheur à ces personnages, que l'on laisse à la gravité véritable soutenant le rire.
* : On ne trouve seulement à ce sujet que la bonne critique de Jacky Goldberg dans les Inrockuptibles, qu'il convient de saluer.
Khanh Dao Duc